Le Parc National de Kibale en Ouganda
Nos travaux portent sur les chimpanzés de la communauté de Kanyawara, dans le Parc National de Kibale en Ouganda. Couvrant une superficie de 795 km2, le Parc abrite aujourd'hui environ 1 000 chimpanzés (recensement de l'Uganda Wildlife Authority, 2005), ce qui représente environ 1/5 du nombre total de chimpanzés en Ouganda. Les aires protégées ougandaises, leur faune et leur flore sont gérées par l'Uganda Wildlife Authority.
Les chimpanzés de Kanyawara
La communauté de chimpanzés de Kanyawara compte actuellement une quarantaine d'individus. Ils ont été habitués à la présence des chercheurs il y a une vingtaine d'années mais nous ne les approchons pas à plus de 5m. Chaque individu est identifié et porte un nom et un code correspondant. Le mâle dominant a été nommé 'Imoso'.
Des substances naturelles biologiquement actives
Un chimpanzé consomme généralement quelques feuilles de Trichilia rubescens alors que les autres se livrent à d'autres activités. Il choisit un jeune arbre, ploit la tige et en consomment quelques feuilles parfois une cinquantaine. Les autres individus du groupe ne partagent généralement ce 'snack'. Lors de ma thèse de doctorat, à l'ICSN (Institut de Chimie des Substances Naturelles) laboratoire du CNRS situé à Gif-sur-Yvette, j'ai pu isoler 2 nouvelles molécules capables d'inhiber la croissance de Plasmodium falciparum (parasite resposable du paludisme) en culture, les Trichirubines A et B. L'activité des molécules est significative, similaire à celle de la chloroquine dans le même essai.
Nous suivions Kilimi, jeune femelle depuis quelques jours, et elle présentait des troubles digestifs associés à des parasites. Trois jours après le début des symptômes, Kilimi s'est écartée de sa mère et ses autres enfants pour aller consommer, avec beaucoup d'efforts, les écorces d'Albizia grandibracteata. Dans les jours qui ont suivi, son transit est redevenu normal et ses selles ne présentaient plus de parasites. Mes travaux de post-doc ont permis de montrer que l'extrait des écorces avaient une activité antiparasitaire et de mettre à jour des nouvelles saponosides, toxiques sur les cellules cancéreuses.
Nos travaux récents conduits avec Noémie Klein (étudiante en master au MNHN) et François Fröhlich (Professeur au MNHN) parus dans Naturwissenschaften ont consisté à modéliser la digestion de la terre consommée par les chimpanzés et des feuilles de Trichilia rubescens. En effet, les observations montrent que les chimpanzés ingèrent parfois de la terre juste après ou avant la consommation des feuilles de cette espèce. Les résultats montrent que l'activité antiplasmodiale de la mixture est supérieure à celle des feuilles ou de la terre testées isolément.
Nos travaux de recherche actuels sont conduits dans le cadre d'un Memorandum of Understanding entre le Muséum National d'Histoire Naturelle, l'ICSN-CNRS, l'Université Makerere et L'Uganda Wildlife Authority.
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